ÉCRIT LE 02 OCTOBRE 2019
PAR THIBAULT LIEBENGUTH
La baie magique d'Imsouane
Ce matin-là, dans la fraîcheur du mois d’avril, je quitte notre petit appartement grenoblois et ma famille pour m’échapper égoïstement et assouvir mon manque de vagues et de nature.
L’aéroport de Lyon est une véritable fourmilière. La facilité avec laquelle on circule d’un pays à l’autre pour quelques centaines d’euros est impressionnante et déconcertante. La culpabilité qui me ronge sur l’impact de ce voyage fait son entrée dans le tableau. Pas facile de vivre avec ses contradictions et d’aller à l’encontre des principes que je prône au quotidien. Mais n’est-ce pas cela aussi le voyage et l’aventure ? La découverte de nouvelles cultures qui nous ouvrent l’esprit, pour mieux appréhender les enjeux du monde ?
Me voilà maintenant à 2h30 d’Agadir au Maroc, au pied de l’Atlas et au bord de l’Atlantique. Devant moi, un village antique de pêcheurs Berbères encore authentique et préservé du tourisme de masse, et une baie qui s’ouvre sur un petit port de pêche artisanale, aux bateaux bleu azur. Depuis le port, une vague, longue de 800m, déroule à la perfection. Une droite comme on les aime, facile, joueuse et sans fin. Bienvenue à Imsouane.
S’extraire du monde moderne pour un temps, s’exiler loin de la ville, accepter l’inattendu, nouer de véritables liens avec des inconnus du monde entier… C’est un peu ce que l’on vient chercher à Imsouane et chez Olo Surf & Nature, le surf camp qui surplombe le spot. Ce qu’il faut de confort à la Marocaine, une pointe d’aventure, des repas délicieux et un staff adorable.

On serpente au lever du soleil entre les arganiers et les figuiers pour descendre au port et surfer les vagues parfaites d’Imsouane. Les journées s'enchaînent alors et nous prenons le rythme des marées.

La fréquentation de ce spot mythique, à seulement 3h d’avion, est à la fois problématique et bénéfique. Imsouane n’est plus un secret pour personne et on peut être parfois plus d’une centaine à l’eau ! Mais le surf développe aussi l’économie locale, uniquement basée sur la pêche et la culture de l’argan, et devient la première source de revenu pour les habitants de ce petit coin perdu.
Mais les effets pervers de cette fréquentation grandissante se font sentir. Les surf lodge multiples apparaissent comme des champignons dans le désert et certains visiteurs et locaux ne prennent pas en considération l’exceptionnelle beauté du lieu. Les déchets commencent à s’accumuler et le système de ramassage et de tri est encore balbutiant. On retrouve parfois les déchets plastiques étalés sur les falaises, sur la plage, dans les ruisseaux… Les acteurs locaux prennent ce sujet au sérieux comme Olo Surf Nature qui propose à tous ses clients, entre deux sessions de surf, des journées de ramassage de déchets dans la baie. Une initiative appréciée des locaux, qui nous félicitent quand nous les croisons sur la plage, les sacs remplis de déchets.
Imsouane reste une expérience unique, à taille humaine et proche des locaux. Vous pouvez acheter votre poisson sur le port et aller le faire griller dans les petits restos face au spot. Vous pourrez partir en surf trip avec un chauffeur de taxi, légende du football et du surf local, le cœur sur la main, qui vous racontera son pays, sa région, ses amis. Vous explorerez à pieds les falaises environnantes à la rencontre des pêcheurs à la ligne, qui bivouaquent là pendant plusieurs jours pour ramener les fruits d’une pêche miraculeuse.

Une baie magique, qui mérite sa légende et où l’on voyage bien plus loin que la distance qui nous sépare de chez nous.